La récente déclaration de Fidèle Gouandjika sur une éventuelle nomination de Firmin Ngrébada au poste de vice-président de la République ne relève probablement pas du simple commentaire politique. Dans le contexte actuel des recompositions internes du pouvoir centrafricain, cette sortie apparaît plutôt comme un signal politique soigneusement calculé.
Longtemps considéré comme l’un des hommes les plus puissants du système Touadéra, Firmin Ngrébada a occupé plusieurs postes stratégiques : directeur de cabinet du président Faustin-Archange Touadéra, puis Premier ministre, avant d’être élu député sous la bannière du Mouvement Cœurs Unis. Pendant plusieurs années, il incarnait l’un des piliers du pouvoir de la 6e République et jouait un rôle central dans la stabilité politique du régime.

Mais les élections législatives du 28 décembre 2025 ont profondément rebattu les cartes. Le choix du MCU d’investir un autre candidat contre lui dans sa propre circonscription de Boali avait déjà été interprété comme le signe d’un affaiblissement politique. Sa défaite face à un candidat soutenu par son propre camp a ensuite confirmé, aux yeux de nombreux observateurs, sa mise à distance progressive des cercles décisionnels du pouvoir.
C’est précisément ce qui donne aujourd’hui une portée particulière aux propos de Fidèle Gouandjika. En évoquant publiquement l’hypothèse d’un Firmin Ngrébada vice-président, le ministre conseiller remet brutalement l’ancien chef du gouvernement au cœur du débat politique national. Cette proposition ressemble à une tentative de réhabilitation politique, mais aussi à un message adressé aux différentes sensibilités qui coexistent au sein de la majorité présidentielle.
Au-delà du cas personnel de Ngrébada, cette sortie révèle surtout les tensions silencieuses et les équilibres fragiles qui traversent actuellement le pouvoir après les dernières élections. L’idée même d’un poste de vice-président soulève plusieurs interrogations sur l’architecture institutionnelle de la 7e République et sur la stratégie que pourrait adopter le président Touadéra pour préserver l’unité de son camp.
Dans les coulisses, plusieurs hypothèses circulent déjà : le chef de l’État cherche-t-il à réintégrer un ancien fidèle dont l’influence demeure intacte dans certains réseaux politiques ? Assiste-t-on à une bataille d’influence interne au MCU ? Ou cette déclaration n’est-elle qu’un ballon d’essai destiné à mesurer les réactions de l’opinion publique et des cercles du pouvoir ?

Une certitude demeure toutefois : malgré sa défaite électorale à Boali, Firmin Ngrébada n’a manifestement pas disparu du paysage politique centrafricain. Et la sortie de Fidèle Gouandjika montre qu’au sein même du pouvoir, certains continuent de voir en lui un acteur capable de jouer un rôle majeur dans les futures équations politiques du pays.

